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Les FINANCES de la GRECE

Ce qui vous est révélé ici n'est pas nouveau puisqu'on en trouve une partie dans le vieux livre :

    La Grèce contemporaine  édité par Hachette à Paris en 1858

     Auteur : About, Edmond (1828-1885)

     Sujet : Grèce -- Mœurs et coutumes

     Format : 1 vol. (408 p.) ; 18 cm

     Accès : Bibliothèque nationale de France, provenance : bnf.fr

Mais pourquoi la Grèce est entrée dans la zone euro ?

Voyez cette page jusqu'en bas, vous y lirez certainement des informations qu ne sont presque pas diffusés dans la multitude des écrits actuels !

Sans vouloir influencer l'opinion de chacun, je vous livre ce qui me semble le plus parlant et symptomatique :

La page de titre, puis la page 1 du chapitre 3 et les suivantes... (pour agrandir et les lire, cliquez sur les 6 pages )

 

 GrèceO.jpg  GrèceFIN1.jpg  GrèceFIN2.jpg  GrèceFIN3.jpg  GrèceFIN4.jpg  GrèceFIN5.jpg
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Et la suite en mode texte (par facilité) continuons le chapitre 2 et 3 :

page 262 LA GRÈCE CONTEMPORAINE.

Chapitre II

Recettes:
– L'impôt direct ou la dîme. L'usufruit, impôt qui ne peut exister qu'en Grèce. Les douanes. Un ministre qui espère que ses agents l'ont trompé. Un gouvernement qui se ruine en battant monnaie. Pourquoi la Grèce ne frappe que des sous.
– Domaine immense qui ne rapporte presque rien. Les eaux de Thermia, médicament très-dangereux. Forêts inutiles.
– L'Etat n'est payé ni par ses débiteurs ni par sesfermiers.

Les recettes de l'État se composent des impôts directs, des impôts indirects, du produit des établis-
sements publics, du domaine, de la vente des biens nationaux, des revenus ecclésiastiques, des recettes sur exercices clos, de revenus divers, des avancés fuites par les puissances protectrices.

Les impôts directs représentent plus de la moitié des recettes de l'État.
Ils comprennent
1° La dîme ou l'impôt foncier, qui se perçoit en nature. Le percepteur assiste au battage des grains,
à la cueille du tabac, à la fabrication de l'huile, et il prélève immédiatement un dixième de la récolte.
L'État se charge d'emmagasiner et de vendre les fruits qu'il a perçus. On devine aisément tout ce qu'un pa reil mode de perception a d'irrégulier, et combien il peut être préjudiciable à l'État. Si la récolte est abonante, il est forcé de vendre à vil prix la part qui lui revient; si la récolte manque, il ne lui revient rien.
Mais il sera impossible de percevoir l'impôt foncier en argent, tant que le numéraire sera aussi rare dans le pays.

2° L'usufruit. C'est une sorte d'impôt qui n'existe qu'en Grèce, et dont l'existence s'explique par l'histoire du pays.
L'État est propriétaire d'une grande partie du territoire. Il possède à peu près tous les terrains que les Turcs possédaient avant la guerre de l'indépendance. Ceux qui sont situés dans le Péloponèse lui appartiennent par droit de conquête; il a payé les autres, et une indemnité de 12 500 000 drachmes l'ena fait légitime propriétaire.
Une partie des terrains nationaux a été affermée régulièrement; une autre a été occupée irrégulièrement par des particuliers qui y ont fait des défrichements, planté des arbres, ou même bâti des maisons, sans en parler au gouvernement. Comme cette occupation est fort ancienne, et que plusieurs de ces fermiers spontanés le sont de père en fils, il faut bien reconnaître en leur faveur une sorte de droit de prescription qui ne les rend pas propriétaires, mais qui ne permet guère de leur enlever le champ qu'ils ont planté. L'État, pour bien établir son droit, tout en, respectant un abus dont II profite, impose à tous ceux qui cultivent les biens nationaux une contribution de 15 pour 100 sur la récolte, en outre de la dîme..
Le revenu de ces terres est donc grevé d'un impôt de 25 pour 100, payable en nature.

3° L'impôt sur les abeilles, l'impôt sur le bétail, les patentes et l'impôt sur les constructions se payent en argent.

4° L'impôt foncier sur les donations ne se paye point. L'État a donné des terres à presque tous les chefs de famille, soit à titre de récompense, soit pour les empêcher de mourir de faim. Ces propriétés sont grevées, outre la dîme, d'un impôt de 3 pour 100 payable en argent. Mais les propriétaires ou refusent de cultiver leurs terres, ou les cultivent par eux-mêmes sans vouloir rembourser l'Ëtat.

Les impôts indirects se composent des droits de douane, des droits de timbre, de santé, de port, de navigation, des amendes, des ports d'armes et des droits de chancellerie consulaire.

Les douanes forment environ le quart du revenu public. Elles n'ont pas été établies pour protéger l'industrie nationale, qui est encore à naître, mais pour procurer des ressources au trésor. C'est pourquoi l'on a établi des droits à l'exportation aussi bien qu'à l'importation. Les droits à l'importation sont de 10 pour 100, les droits à l'exportation de 6 pour 100 sur la valeur des marchandises.

La contrebande est tellement facile en Grèce, et la nature du pays la favorise si bien, que le fisc est frustré tous les ans d'une somme considérable, et que la statistique est privée de renseignements positifs sur le mouvement de l'importation et de l'exportation.
M. Christidis, ministre des finances, disait dans son exposé du budget en 1852 :
"Vous remarquerez, messieurs, la différence qui existe entre l'importation et l'exportation la balance du commerce nous est contraire, et dans une forte proportion. Une seule idée nous console c'est que l'estimation, le dénombrement et le pesage des objets exportés ne sont probablement pas exacts."

Le droit de timbre rapporte jusqu'à 1 million de drachmes par année. Les autres impôts indirects sont de peu d'importance.

La culture et la vente du tabac, la vente et la fabrication de la poudre de chasse sont libres.
Les cartes à jouer qui se fabriquent dans le royaume, à Syra, sont soumises à un impôt, mais elles sont si grossières et si mal peintes qu'on n'emploie guère que des cartes de contrebande.

Les établissements publics pourraient être d'une grande ressource ils ne rapportent presque rien.

1° La Monnaie ne frappe que le billon. Dans le principe, on fabriquait des pièces d'argent de 5 drachmes, de 1 drachme, de 50 lepta et de 25 lepta. Mais, par une erreur inexplicable, on oublia de retenir surchaque pièce les frais de main-d'œuvre. De cette manière, l'émission des monnaies d'argent, au lieu d'enrichir l'État, comme dans tous les pays du monde, le ruinait; d'autant plus que les spéculateurs, séduitspar la finesse du titre, retiraient les drachmes de la circulation pour les fondre ou les exporter.

Le gouvernement, au lieu de changer le titre ou le poids des pièces d'argent, a pris le parti de n'en plus frapper. La monnaie de cuivre qu'il fabrique est assez grossière elle ne porte pas même l'effigie du roi. Le bénéfice de la fabrication est de 40 pour 100 environ, mais on en a tant frappé que le pays en est encombré. Lorsque j'envoyais changer un billet de dix drachmes, Petros me rapportait quelquefois cent pièces de deux sous dans son mouchoir. A Syra, les zwanzigs autrichiens, qui valent, suivant le tarif, 95 lepta, s'échangent contre 99 ou 100 lepta, monnaie de cuivre. Le cuivre y perd donc 4 ou 5 pour 100.
Le jour où le gouvernement voudra frapper une monnaie d'argent qui lui rapporte un bénéfice honnête, Il rendra un grand service au commerce, tout en augmentant les recettes de l'Ëtat.

Il sera bon, lorsqu'on fera cette réforme, d'y en joindre une autre assez importante. Les hommes qui ont doté la Grèce de son système monétaire ont cherché dans leurs livres quelle était la valeur de la drachme dans l'antiquité, et ayant découvert que la drachme valait 90 centimes de France, ils ont décidé que la drachme serait une monnaie de la valeur de 90 centimes. Grâce à ce raisonnement archéologique, la Grèce a une monnaie à part, qui ne ressemble à aucune autre. Ne serait-il pas cent fois plus simple de donner à la drachme le poids et le titre du franc, et de mettre le système monétaire de la Grèce en rapport avec celui de la France, de la Belgique, de la Suisse et du Piémont ? Puisque dans ce malheureux pays tout est à refondre, même la monnaie, faisons en sorte que tout soit pour le mieux. Les Grecs éclairés ont reconnu l'excellence du système métrique; le gouvernement en a décrété l'emploi par tout le royaume, pourquoi faire une exception pour la monnaie ? La pièce de 5 francs circulerait en Grèce comme en France, avec sa valeur vraie, sans être soumise à cet agiotage qui la fait hausser et baisser tous les jours.
Selon le tarif établi par le gouvernement grec, la pièce de 5 francs vaut 5 drachmes, 58 le thaler d'Autriche, 5 drachmes 78 le dollar, la colonnate d'Espagne, la piastre du Mexique, 6 drachmes. Le zwanzig autrichien, la plus détestable monnaie de l'Europe, est celle qui circule le mieux il vaut, suivant le tarif, 95 lepta; mais le demi-zwanzig n'a pas cours, et le zwanzig est refusé par les marchands, ou subit un rabais considérable, lorsque le chiffre 20 qu'il porte est effacé.

Les pièces d'argent des îles Ioniennes, monnaie excellente, n'ont pas cours. Les demi-couronnes se négocient généralement à perte, tandis que l'or anglais gagne énormément. Les pièces d'or de 20 drachmes à l'effigie du roi Othon, se vendent, comme médailles curieuses, jusqu'à 21 drachmes.

Il est évident qu'un état si anormal ne peut durer longtemps sans préjudice pour le commerce de la Grèce. On remédierait à tout en frappant une monnaie d'argent et d'or semblable à la nôtre, et qui rapportât, comme la nôtre, 2 pour 100 de droit de monnayage.

Le service des postes coûte un peu plus qu'il ne rapporte. Les Grecs écrivent peu il faut transporter les lettres à pied ou à cheval, par des chemins détestables, ou par mer, en employant les paquebots étrangers. La Grèce n'a qu'un seul bateau à vapeur, qui sert plutôt aux plaisirs du roi qu'au transport des dépêches. Sur les points de l'Archipel où les paquebots étrangers ne touchent point, le service se fait très irrégulièrement par des marchands ou des pêcheurs auxquels on paye une légère subvention.

L'imprimerie royale ne produit que des recettes fictives, puisqu'elles sont payées par les divers ministères pour lesquels elle travaille. Les seules recettes réelles sont les abonnements au journal du gouvernement encore les fonctionnaires abonnés montrent-ils peu d'empressement à s'acquitter.

Le domaine devrait fournir des recettes considérables il se compose des mines et des carrières, des eaux thermales, des salines des pêcheries, des forêts, des plantations d'oliviers, des vignes à raisins de Corinthe, des jardins, des bâtiments et des mines appartenant à l'Etat et affermés aux particuliers.

Les mines de houille de Koumy, mal exploitées, ne rapportent presque rien, les carrières de marbre ne sont pas même exploitées; les pierres meulières et les plâtrières de Milo, la pouzzolane de Santorin, ne fournissent que des ressources insignifiantes le seul. revenu sérieux que la Grèce tire de ses richesses minéralogiques est produit par l'émeri de Naxos il se monte à plus de 100 000 drachmes par an.
Les eaux de l'île de Thermia seraient d'un excellent rapport, si le pays qui les recèle était moins malsain. Elles ont des propriétés merveilleuses pour la guérison des rhumatismes et même de la goutte mais il est à peu près impossible de guérir un rhumatisme à Thermia sans y prendre la fièvre. L'établissement hydrothérapique qu'on vient de fonder dans l'!le ne sera productif que lorsque le pays aura été assaini.

Les salines exploitées par l'État rapportent un demi-million de drachmes par an. Le sel est vendu par les employés des douanes à un prix très modéré (moins de 6 centimes le kilogramme). Ce revenu est susceptible d'augmentation, car les Grecs ne savent pas encore employer le sel pour l'agriculture.
Les pêcheries sont affermées à des particuliers qui se dispensent souvent de payer leurs fermages. Sous un gouvernement fort, ce revenu serait immédiatement doublé.

Les forêts de l'État ne sont point exploitées, faute de routes elles sont dévastées, faute de surveillance.
M. Christidis déclarait à la chambre, en 1852, que; dans le cours de l'année 1849, on avait importé des bois en Grèce jusqu'à concurrence de 1 092 690 drachmes, tandis que le pays est couvert de forêts d'arbres de toute grandeur et de toute qualité. Si l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut, on trouvera sans doute que le mot couvert de forêts est un peu hyperbolique mais il est certain que les forêts produiront un revenu considérable lorsque le gouvernement sera assez fort pour les faire respecter et assez intelligent pour les exploiter.

Les olivaies, les vignes et les jardins affermés ne rapportent rien, ou presque rien, d'abord parce que la vanité et l'imprévoyance particulières aux Grecs ont fait monter les enchères au-dessus de toute mesure, et que les baux sont impossibles à exécuter; ensuite parce que le gouvernement n'a pas la main assez ferme pour en exiger l'exécution.
J'ai déjà cité l'année 1844, où les oliviers affermés devaient rapporter, aux termes des contrats, 406 800 drachmes et où l'État, qui dispose d'une gendarmerie et d'une armée, est parvenu à faire rentrer 4457 drachmes 31 lepta.

La location des biens nationaux ne profite guère à l'État il gagne encore moins à les aliéner. Aucun acquéreur n'est en mesure de payer comptant ce qu'il achète il faut, bon gré mal gré, répartir la somme en dix, vingt ou trente annuités, dont la première se paye quelquefois, la seconde rarement, la troisième jamais. Que faire ? Reprendre les biens vendus pour les revendre? Un nouvel acquéreur ne s'acquittera pas plus exactement que le premier. Les affermer ? Les fermiers ne payeront pas leur bail.
Les biens nationaux ne seront loués ou vendus avec profit que lorsqu'on aura su attirer des capitaux dans le pays, et qu'on saura forcer les débiteurs du trésor a remplir leurs engagements.

Les revenus ecclésiastiques sont ceux des immeubles que le gouvernement a pris aux monastères.
En 1833, plusieurs monastères furent supprimés, leurs biens vendus ou affermés, et le revenu affecté aux dépenses de l'instruction publique et des cultes. Mais ce revenu, comme celui de tous les autres biens nationaux, n'a jamais été perçu régulièrement.

Les recettes sur exercices clos se composent de tout ce que l'État parvient à recouvrer sur l'arriéré.
On remarque que plus une créance est ancienne, plus il est difficile de la recouvrer, les débiteurs s'imaginent qu'il y a une sorte de prescription en leur faveur, et que ce qu'ils doivent depuis longtemps, ils ne le doivent plus.

Les avances des trois puissances, destinées à payer les intérêts et l'amortissement de la dette extérieure, se montent annuellement à 3 835 474 drachmes 58 lepta.
C'est une ressource qui peut manquer à la Grèce le jour où elle témoignera trop d'ingratitude à ses bienfaiteurs.
Dépenses.
– La dette intérieure. – Les gouvernement forts sont les seuls qui trouvent à emprunter.
– Le gouvernement grec n'empruntera jamais de ses sujets.
Les dettes de l'Etat remontent à la guerre de l'indépendance. Il ne les paye point.
Pensions.
La phalange c'est le régiment des colonels. Un libraire qu'on fait capitaine et un diplomate qu'on veut nommer général.
Un négociant qui touche la solde de capitaine de vaisseau.

Les dépenses de la Grèce se composent de la dette publique (dette intérieure, dette étrangère), de la liste civile, des indemnités aux chambres, du service des ministères, des frais de perception et de régie, de frais divers.

Si je connaissais un gouvernement qui doutât de sa force, de son crédit, de l'affection de ses partisans et de la prospérité du pays, je lui dirais - Ouvrez un emprunt.
On ne prête qu'aux gouvernements que l'on croit bien affermis.

On ne prête qu'aux gouvernements qu'on juge assez honnêtes pour remplir leurs engagements.
On ne prête qu'aux gouvernements que l'on a intérêt à maintenir. Dans aucun pays du monde, l'opposition n'a fait hausser les fonds publics.
Enfin, on ne prête que lorsqu'on a de quoi prêter.
C'est pour toutes ces raisons qu'il n'y a point de grand-livre en Grèce. Le peuple est trop pauvre et le gouvernement est trop connu pour qu'un emprunt de 100000 francs puisse être couvert dans le pays.
L'État a cependant des créanciers parmi les citoyens. Mais ce qu'ils ont prêté à la Grèce dans ses dangers, ils le refuseraient au roi Othon dans sa puissance. Ils avaient confiance dans la solvabilité de leur patrie, et ils l'aimaient. Tout est bien changé aujourd'hui, et, si c'était à refaire, ils garderaient leur argent.
Ces créanciers, on ne les paye point. On se contente de leur donner de temps en temps un secours en argent lorsqu'ils sont sur le point de mourir de faim.
Il y a dans l'île Hydra telle famille qui a dépensé des millions pour l'indépendance du pays, et qui reçoit 600 drachmes par an. L'État ne considère ses créanciers que comme des indigents un peu plus intéressants que les autres. Il les traite sur le même pied que les soldats invalides, les veuves et les orphelins de ses serviteurs. Toutes ces pensions grèvent le budget d'une somme de 400 000 drachmes environ ce n'est point là sa charge la plus lourde.

On paye environ 50 000 drachmes de pensions ecclésiastiques pour dédommager les moines dont on a confisqué les couvents. C'est une dépense que l'équité commande et que l'économie ne réprouve pas. Le ministère de l'intérieur sert de son côté quelques modiques pensions qui ne ruinent pas le pays.
Ce qui le ruine, ce sont les secours accordés à ceux qui n'en ont pas besoin, les pensions payées aux hommes qui n'ont jamais servi, les aumônes énormes exigées par certains personnages puissants, qu'on paye, non pour le bien qu'ils ont fait, mais pour le mal qu'ils daignent ne pas faire.
Le ministère de la guerre donne environ 600 000 drachmes, le ministère de la marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats, et qui souvent n'ont été ni l'un ni l'autre.
Lorsque le gouvernement a besoin d'un homme ou qu'il en a peur, on cherche dans son passé on y découvre des services éclatants qu'il n'a pas rendus, des blessures qu'il n'a pas reçues, des infirmités qui ne le gênent point, et on lui fait place au budget.
La phalange est une armée sans soldats, où tous les hommes sont officiers. Nous rions, en France, lorsque nous entendons un enfant qui dit Je veux être soldat dans le régiment des colonels.  En Grèce, le régiment des colonels s'appelle la phalange. La phalange compte dans ses rangs nombre d'hommes qui n'ont jamais senti l'odeur de la poudre. Un libraire de la rue d'Hermès est capitaine de la phalange. M Mavrocordatos a refusé, il y a quelques années, une nomination de général dans la phalange.
Un diplomate Le travail des officiers de la phalange consiste à se partager 400 000 drachmes par an et à accepter les meilleures terres du royaume en récompense des services qu'ils rendront.

L'institution de la phalange avait un but sérieux.
On voulait récompenser les vrais défenseurs de la Grèce que la guerre de l'indépendance avait fatigués ou ruinés. On leur donnait un grade pour la forme et afin de les classer entre eux suivant l'ordre des services rendus. On attachait à ce grade une dotation en terre ou une pension en argent.

Mais la Grèce est le pays du monde où le mal marche le plus vite à la suite du bien. A peine la phalange était-elle créée, que les abus s'y introduisaient pour n'en plus sortir. Un homme a qui l'Ëtat venait de délivrer un bon pour 100 arpents de terre courait le vendre au café voisin et revenait en demander un autre, comme ces mendiants impudents qui tendent la main gauche dès qu'on a donné â leur main droite.
D'autres abandonnaient leurs terres après avoir dissipés les avances qu'ils avaient reçues pour les cultiver.

J'ai compris dans la dette intérieure le traitement de disponibilité qu'on paye à trois cents officiers, sous-officiers et marins. La Grèce ne possède aujourd'hui qu'un bâtiment sérieux, une corvette, et elle donne plus de 250000 drachmes par an à des hommes qui vivent à terre ou qui naviguent pour leurs affaires.

« Nous pourrions, dit M. Casimir Leconte, nommer tel capitaine de vaisseau qui, depuis l'établissement du royaume grec, n'a pas mis le pied sur un bâtiment de l'État, s'est occupé constamment de marine marchande, de spéculation commerciale, et qui n'en touche pas moins son traitement d'officier en disponibilité. »

Pendant mon séjour en Grèce, on a fait une nouvelle loi sur les cadres de la marine, loi qui sanctionnait les abus sous couleur de les réformer.

En résumé, la dette intérieure (pensions civiles et militaires, phalange, cadres de la marine) se monte à 1250000 drachmes, c'est-à-dire au douzième des revenus du royaume et sur cette somme les créanciers sérieux, ceux qui ont déboursé leur argent, reçoivent la moindre part.

Premièrement, la somme est trop forte pour une simple dette de reconnaissance. Les États, comme les particuliers, doivent régler leurs libéralités sur leurs moyens.
 
En second lieu, il est déplorable que ces 1 250000 drachmes ne soient pas mieux réparties, et que ceux qui reçoivent le plus soient ceux à qui l'on ne doit rien.

 
Pour les amateurs désirant poursuivre cette lecture, je les invite à cliquer sur le lien :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k28630w/f279.image.r=la%20gr%C3%A8ce%20contemporaine%20About,%20Edmond.langFR
et la suite se trouve à la page 275, et il y a encore du savoureux !
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
 
Mais pourquoi la Grèce est entrée dans la zone euro ?
Peut-être grâce ou à cause des manipulations de Goldman Sachs :
 
La Grèce envisage de porter plainte contre Goldman Sachs (GS) au motif que la banque d’investissement l’aurait menée à la crise de la dette qu’elle traverse actuellement en lui faisant adopter des montages financiers douteux qui ont concouru à sa perte, rapporte The Independent.
La Grèce est en effet parvenue à satisfaire les critères d’adhésion de la zone euro prévus dans le Traité de Maastricht en maquillant une partie de ses dettes. Cette manipulation a été réalisée au travers d’un prêt négocié avec Goldman Sachs (GS) qui a permis à la Grèce de paraître moins endettée qu’elle ne l’était en réalité, ce qui lui à permis d’adopter la monnaie unique.

En pratique, Goldman Sachs a prêté 2,8 milliards d’euros à la Grèce en effectuant un « swap » en 2001. Celui-ci a consisté en un échange entre une partie de la dette souveraine du pays, qui avait été contractée en dollars et en yen, et une dette exprimée en euros. La subtilité, c’est que GS ne s’est pas basée sur le taux de change courant de l’euro, mais elle a employé un taux de change « fictif, historique », qui permettait de réduire la valorisation de la dette exprimée en euros, faisant ainsi disparaitre environ 2% des dettes de la nation grecque.

La banque aurait facturé 500 millions d’euros à la Grèce pour se rémunérer de cette opération, bien qu’elle le nie, sans fournir de donnée plus précise. La collaboratrice de Goldman Sachs qui s’est chargée de cette opération, Antigone Loudiadis, aurait perçu quant à elle 12 millions d’euros de rémunération au cours de l’année 2001, celle de la conception de ce montage.

Comble de l’ironie, ce serait un ancien banquier de Goldman Sachs qui aurait contacté le gouvernement grec pour lui proposer de l’aider à recouvrer une partie de la commission colossale qui avait été encaissée par la banque au titre de la réalisation de ces montages. Jaber George Jabbour, qui était expert des opérations de « swaps » chez GS, et qui a déjà conseillé le Portugal et d’autres pays endettés pour les aider à recouvrir une partie des pertes qu’ils ont essuyées à la suite de réalisations de montages douteux avec des banques, estime que la commission encaissée par GS pour « ses conseils » est d’un montant « abusif ».

L’adhésion de la Grèce à l’euro lui a conféré un statut qui a rassuré les investisseurs, les induisant à lui consentir des prêts de plusieurs milliards d’euros, alors que le pays ne se trouvait déjà pas dans une situation économique qui aurait permis de les rendre soutenables. Cette frénésie d’emprunts a mis la Grèce dans la situation délicate où elle se trouve aujourd’hui, avec une dette qui atteint 175% du PIB, l’une des plus élevées du monde.

Cependant, selon Saul Haydon Rowe, associé chez Turing Expert, un groupe d’anciens banquiers qui interviennent à titre d’experts auprès des tribunaux lorsqu’il est question de produits dérivés,  il ne sera pas si facile de démontrer que Goldman Sachs GS a commis une faute, car il faudra prouver que la banque d’investissement a sciemment donné de fausses informations, ou qu’elle a négligé une information en rapport avec cette négociation.      Source Agora                                                                                                                                                                                 On peut se demander comment Alexis Tsipras réussira à ménager la chèvre et le chou ? 
Voici aussi l'article paru dans "Le Monde - Economie" ce 22 juillet                    La Grèce a échoué à construire un Etat moderne

L’historien Nikolas Bloudanis est spécialiste de la Grèce moderne et contemporaine. Dans ses ouvrages Faillites grecques, une fatalité historique ? (2010, éditions Xérolas) et Histoire de la Grèce moderne, 1828-2010 (2013, L’Harmattan), il explique que depuis son indépendance, en 1830, Athènes n’a pas réussi à construire une administration publique fonctionnelle.

La Grèce est en crise depuis six ans. Comment en est-elle arrivée là ?

Si l’on s’attache à l’époque contemporaine, l’origine du problème remonte à 1981, lorsque Athènes a intégré la Communauté économique européenne. Dès lors, le pays a reçu chaque année l’équivalent de 4 % de son produit intérieur brut (PIB) en fonds structurels et aides communautaires diverses. Une formidable opportunité qui n’a pas été utilisée pour construire un système productif solide. Cette manne a, au contraire, été détournée au profit d’un ensemble de catégories professionnelles diffuses. Des cabinets de conseil se sont même spécialisés sur le créneau : aider les collectivités locales et les villes à capter et répartir les subventions européennes, sans véritable préoccupation pour l’intérêt général.

Pour quelle raison la dette publique hellène a-t-elle augmenté dans de telles proportions ?

Entre 2002 et 2009, l’Etat grec a dépensé 830 milliards d’euros en tout, alors que ses recettes se sont élevées à 680 milliards d’euros. Autrement dit : il vivait très clairement au-dessus de ses moyens. D’où l’envolée de l’endettement. Depuis l’introduction de l’euro, la Grèce s’est vue offrir des taux d’intérêt très avantageux. Mais les gouvernements successifs ont, là encore, gaspillé cette opportunité. Tous ont considéré les emprunts comme des revenus fermes. Ils les ont notamment utilisés pour construire une prospérité artificielle et un système social très généreux, avec par exemple des pré-retraites à 45 ans pour certaines mères de famille, des congés maternité d’un an… Ce n’était malheureusement pas tenable.

Pourquoi l’Etat grec est-il défaillant ?

Depuis son indépendance en 1830, et surtout depuis la chute de la dictature des colonels en 1974, la Grèce n’a jamais vraiment construit un Etat moderne, c’est-à-dire fonctionnant correctement. La fonction publique est en grande partie incompétente. Et pour cause : les recrutements reposent sur le clientélisme. Les avancements sont fondés sur l’ancienneté, jamais sur les qualités professionnelles, y compris au sommet de la hiérarchie, dans les ministères.

D’autres pays, bien sûr, souffrent aussi de tels maux. Mais en Grèce, ils sont poussés à leur extrême. En France, Charles de Gaulle a créé l’Ecole nationale d’administration en 1945 pour mettre fin au clientélisme qui régnait en maître sous la IIIe République, et pour qu’un personnel qualifié fasse tourner l’Etat. En Grèce, il n’existe aucune formation consacrée aux fonctionnaires ! La gestion des ressources humaines s’y fait en dépit du bon sens.

On dit souvent que la Grèce est rongée par la corruption, les pots-de-vin, l’évitement de l’impôt… Est-ce caricatural ?

Hélas non. Le refus de l’impôt est un héritage de la domination du pays par l’Empire ottoman, mais aussi, des premiers gouvernements grecs indépendants, après 1830. Dans les deux cas, l’Etat n’offrait rien au peuple en échange de l’impôt prélevé. Les services publics étaient inexistants, ou lamentables, et cela était vécu comme une injustice. Pourquoi payer pour une administration déficiente ?

Les dysfonctionnements d’une partie de la fonction publique contribuent également à la culture du pot-de-vin. Pour être sûr que leur dossier soit traité à temps, que leur enfant soit soigné par le bon médecin, les Grecs préfèrent donner un billet, si cela leur garantit de ne pas tomber sur un incompétent…

Les partenaires européens reprochent à Athènes de ne pas avoir appliqué correctement les réformes demandées depuis 2010. A juste titre ?

En partie. L’administration a, il est vrai, résisté à l’application de nombreuses mesures, pourtant adoptées par le Parlement. Mais elle n’est pas la seule fautive. Sur le terrain, de nombreuses professions « protégées » ont également freiné des quatre fers, comme les taxis, les pharmaciens ou encore les kiosquiers.

La potion de rigueur demandée à la Grèce est-elle adaptée ?

L’austérité était difficilement évitable. Mais, en 2010, les mesures susceptibles de protéger l’emploi et de favoriser l’investissement privé ont été négligées. Le calendrier était par ailleurs bien trop serré : on a demandé à la Grèce d’appliquer en cinq ans les réformes que les pays d’Europe de l’ouest ont mis en œuvre sur plus de vingt ans, depuis les années 1980.

Il est indiscutable que la Grèce vivait au-dessus de ses moyens. L’Etat social, très généreux, était financé à crédit. Mais ce n’est pas pour autant que la colère des Grecs, en particulier ceux des classes moyennes, n’est pas légitime : ils ont tout perdu.

La Grèce était-elle prête à entrer dans l’euro ?

Non. Elle n’était pas prête. Tout le monde, y compris les dirigeants européens, s’est voilé la face. Mais attention : cela ne signifie par pour autant qu’expulser aujourd’hui Athènes de l’euro soit une bonne idée. Ce serait au contraire une catastrophe. La Grèce est en effet un gros importateur de matières premières alimentaires de base. Un Grexit ferait flamber le prix de ces produits, du fait de la dévaluation. Les Grecs seraient violemment pénalisés.

Le troisième plan d’aide s’accompagnera d’une mise sous tutelle des finances publiques grecques par les institutions européennes. Vos ouvrages rappellent que ce n’est pas la première fois…

En effet. La Grèce a fait faillite à plusieurs reprises depuis son indépendance. Ce fut ainsi le cas en 1893 : les Grecs, animés d’un sursaut de fierté nationale, refusèrent dans un premier temps l’aide des créanciers européens du pays. Mais l’organisation coûteuse des Jeux olympiques de 1896 – comme celle des JO de 2004 ! – aggrava l’asphyxie financière de l’Etat.

Résultat : le Parlement se résolut finalement à accepter la tutelle de ses grands voisins européens, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Russie et Autriche. Ceux-ci prirent la main sur le budget et les dépenses.

Le parallèle avec la situation d’aujourd’hui est troublant. Mais la comparaison s’arrête là : à l’époque, la jeune Grèce, tout juste indépendante, était encore un jouet aux mains des puissances occidentales colonialistes.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/21/la-grece-a-echoue-a-construire-un-etat-moderne_4691915_3234.html#6v2cbzhlTq9i7RGI.99
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 



19/07/2015
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